"Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t'ai laissée là-bas au fond du monde, j'ai regagné ma chambre d'homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j'ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m'ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j'ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m'a vu grandir, pousser, devenir moi, me parait aujourd'hui étranger, impossible. Ce monde qui n'est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n'a jamais existé. [...]
Ils te connaissaient tous, ils avaient tous vu sur leurs écrans la couleur de tes yeux, l'incroyable distance de ton regard, les formes bouleversantes de ton visage et de ton corps. Même ceux qui ne t'avaient vu qu'une fois ne pouvaient t'oublier. [...]"
Un roman tout en puissance, sa vérité te submerge, sa profondeur t'aspire, te donne envie d'amour...d'ailleurs tu n'as plus la même vision de l'amour...Les personnages te semblent proches, même si tu ne peux que les effleurer...Sans parler du fait que chaque phrase résonne en toi, que tous les mots employés n'auraient pu en être d'autres, que tu entends les voix d'Eléa et Païkan, comme un appel...
Après, qu'est-ce qu'a voulu dire Barjavel derrière tout ça? Est-ce si important? Anonciateur de la Révolution culturelle de 1968? Dénonciateur des inégalités sociales? Blasé de la vie dans un monde menacé par les guerres? Sûrement...mais moi, ce que j'en retiens, c'est que la Nuit des Temps vibre toujours en moi...